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Marie Dohin, l’équilibre comme moteur de la performance
Dans cet épisode, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Marie Dohin, dont le parcours illustre une autre manière d’envisager la performance en ultra-trail. Vainqueure de la TDS en 2024 et cinquième de la Diagonale des Fous, Marie n’incarne pas le modèle classique de l’athlète entièrement dédié à sa pratique. Maman de deux enfants, engagée professionnellement à l’office de tourisme de Méribel, elle construit ses performances dans un quotidien dense, structuré et contraint.
Ce qui m’a frappé c’est la lucidité avec laquelle Marie parle de son parcours. Elle ne se définit pas comme une athlète de haut niveau au sens traditionnel du terme, mais plutôt comme une sportive passionnée, assidue et rigoureuse. Pourtant, ses résultats la placent parmi les meilleures sur des formats exigeants, et interrogent certaines croyances bien ancrées autour du volume d’entraînement.
Son chemin n’est pas celui d’une progression linéaire ni d’une spécialisation précoce. Il est au contraire fait de détours, d’ajustements, de phases de construction progressive, et surtout d’une capacité à composer avec les différentes dimensions de sa vie. La victoire sur la TDS apparaît alors non pas comme un coup d’éclat isolé, mais comme l’aboutissement d’un équilibre patiemment construit.
Un socle sportif ancien, entre rigueur et plaisir
Avant le trail, Marie Dohin a connu un parcours sportif varié et formateur. Elle débute par la danse classique, discipline exigeante qui lui apporte très tôt un cadre, une rigueur et une conscience corporelle qu’elle considère encore aujourd’hui comme utiles dans sa pratique sportive. En parallèle, elle développe un goût prononcé pour le sport de manière générale, nourri par des années scolaires riches en activités physiques et en sports de pleine nature.
La course à pied arrive progressivement, d’abord par le biais de son père, marathonien, puis à travers l’athlétisme en club. Elle touche à de nombreuses disciplines, du saut à la course de fond, avant de s’orienter naturellement vers les efforts d’endurance. Le trail, quant à lui, entre dans sa vie plus tardivement, presque par hasard, au détour d’une rencontre. Les sentiers s’imposent alors, d’abord en Normandie, puis en montagne après son installation à Méribel.
Cette arrivée relativement tardive en trail explique en partie son rapport apaisé à la discipline. Marie n’a jamais cherché à brûler les étapes. Elle a construit son expérience au fil des courses, des réussites, mais aussi des abandons, qu’elle évoque sans détour comme des moments d’apprentissage essentiels.
Une performance construite dans la durée et la cohérence
L’un des points centraux de l’épisode concerne l’organisation de l’entraînement dans un quotidien contraint. Marie travaille à 80 % à l’année, avec une activité particulièrement dense en saison hivernale. Plutôt que de subir cette contrainte, elle l’intègre pleinement dans sa planification sportive. Ses objectifs sont volontairement concentrés sur la période estivale, ce qui lui permet d’adapter son entraînement aux réalités du terrain et à ses disponibilités.
Elle s’entraîne depuis plusieurs années sous la direction de Christophe Malardé (reçu dans ces épisodes), avec qui elle entretient une relation simple, stable et efficace. Leur collaboration repose sur une planification anticipée, une communication claire sur les contraintes de vie, et une grande confiance mutuelle. L’entraînement est ajusté semaine après semaine en fonction du temps réellement disponible, sans chercher à imposer un volume standardisé.
Marie évoque des volumes annuels compris entre 440 et 480 heures, des chiffres significatifs mais loin des extrêmes parfois observés chez certains ultra-traileurs. Ce qui fait la différence, selon elle, ce n’est pas l’accumulation de kilomètres, mais la capacité à placer les bonnes charges au bon moment, et surtout à tenir ce rythme sur le long terme. Elle insiste sur l’importance de la régularité, de la progressivité et de l’acceptation de ses propres limites, notamment après les grossesses.
La TDS comme point d’alignement
Parmi ses nombreux souvenirs de course, la TDS occupe une place particulière. Déjà cinquième en 2021, peu de temps après la naissance de son premier enfant, Marie évoque cette performance comme un premier déclic. Elle y découvre sa capacité à durer, à revenir progressivement dans la course, et à exploiter pleinement ses qualités sur un format long et montagneux.
La victoire en 2024 marque un moment d’alignement rare. Elle arrive à maturité sportive, au sein d’un collectif qui la soutient, avec une organisation familiale stabilisée et une relation d’entraînement solide. Elle décrit une course maîtrisée, vécue presque entièrement dans le plaisir, où toutes les pièces du puzzle semblent s’assembler. Sans idéaliser l’événement, elle reconnaît la part de circonstances favorables, mais souligne surtout la cohérence du chemin parcouru pour y parvenir.
Extraits de l’épisode avec Marie Dohin
- Comment définirais-tu ton rapport au haut niveau ? « Je ne me considère pas comme une athlète de haut niveau, mais comme une sportive passionnée, assidue et travailleuse. Je pense que le haut niveau, c’est surtout une façon de s’impliquer, d’être rigoureuse et cohérente sur le long terme. »
- Quelle place occupe le volume d’entraînement dans ta progression ? « On ne fait pas de la borne pour la borne. On en fait quand c’est pertinent. Ce qui compte, c’est de pouvoir tenir dans le temps, pas d’en faire toujours plus sur une courte période. »
- Pourquoi la TDS reste un souvenir si fort ? « C’est une course où toutes les planètes se sont alignées. J’ai pris du plaisir du début à la fin, j’étais bien préparée, bien entourée, et j’ai vraiment eu le sentiment d’exprimer pleinement ce que je savais faire. »
Interview de Marie Dohin – Podcast video
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