Spin Ultra 2 : Alpine, oui ; mais pour l’ultra … ?

Temps de lecture estimé : 8 minutes

Vous cherchez un test des Spin Ultra 2 de Scarpa ? Cet article est pour vous ! 

Spin Ultra 2

Dans la gamme trail de Scarpa, les positionnements sont assez marqués. J’ai déjà eu l’occasion de tester la Scarpa Ribelle Run 2, une chaussure clairement orientée skyrunning technique et alpin, rigide, précise, pensée pour les terrains engagés. À l’autre extrémité du spectre, on retrouve la Scarpa Spin Planet, davantage orientée ultra, ou encore la Scarpa Golden Gate, plus polyvalente. Il existe aussi les Scarpa Spin Race et Scarpa Ribelle Kalibra, que je ne connais pas encore.

Et puis il y a la Spin Ultra 2. Elle est présentée comme une chaussure alpine, destinée aux ultras exigeants en terrain technique, avec un compromis annoncé entre confort et répondant. Sur le papier, elle semble vouloir faire le lien entre la précision et la rigueur d’un modèle très montagne et les exigences de durée propres aux formats longs.

Mais derrière l’étiquette “Ultra”, qu’en est-il réellement ? Est-on face à une chaussure capable d’encaisser un 100 miles alpin, ou plutôt à un modèle précis, stable, pensé pour du terrain technique jusqu’à une certaine distance ?

 

Caractéristiques techniques des Spin Ultra 2 de Scarpa

  • Poids ➡️ 290 grammes en 42 homme, et environ 335 grammes en 46 (pesés par mes soins).
  • Hauteur du stack au talon ➡️ 28 mm.
  • Hauteur du stack à l’avant-pied ➡️ 24 mm
  • Drop ➡️ 4 mm.
  • Mesh ➡️ Mesh synthétique recyclé avec des renforts en TPU, doublé d’un tissu “doux” à l’intérieur en contact avec le pied.
  • Laçage ➡️ Lacets classiques plats.
  • Semelle extérieure ➡️ VIBRAM MEGAGRIP avec des crampons de 4 mm.
  • Semelle intermédiaire (amorti) ➡️ Nouvelle mouse BOUNCE FOAM de la marque.
  • Largeur du chaussant ➡️ Fin.
  • Plaque ➡️ Aucune.
  • Autres informations ➡️ Construction Sock-Fit LW à l’intérieur pour le maintien de la languette, doublure moelleuse au niveau du talon, languette légèrement épaissie, contrefort semi-rigide, resistance à la torsion longitudinale et transversale, légers rockers.
  • Prix catalogue ➡️ 189,95€.

 

Mon avis Spin Ultra

Ue confort structuré autour du pied, plus ferme sous le pied

Autour du pied, j’ai trouvé la chaussure vraiment réussie. Le mesh est un textile synthétique recyclé, assez rigide au toucher, presque “plastifié” dans son aspect. Mais il est doublé à l’intérieur par une couche plus douce, ce qui évite toute sensation désagréable au contact du pied. On ne sent pas la rigidité du matériau externe une fois la chaussure enfilée.

Le collier est moelleux, le contrefort talon est semi-rigide mais bien rembourré, et la languette est légèrement épaisse. Rien d’exubérant, mais suffisamment pour apporter du confort sous les lacets et autour de la cheville. La construction interne type chaussette permet de bien maintenir la languette en place.

Sous le pied, en revanche, le ressenti est différent. Avec 28 mm au talon et 24 mm à l’avant (drop 4 mm), on est sur un stack modéré pour une chaussure estampillée “Ultra”. Et surtout, la mousse Bounce Foam est plutôt ferme. Elle ne s’écrase pas facilement, elle ne rebondit pas franchement non plus.

On est loin des amortis très moelleux qu’on retrouve aujourd’hui sur certains modèles typés ultra. Ici, la sensation est plus proche du sol, plus compacte, plus contrôlée. Personnellement, ce type d’amorti me convient bien en terrain technique : pour une meilleure lecture du terrain, moins de déformation de la chaussure, et plus de stabilité.

Un dynamisme mesuré et cohérent

Sur la Scarpa Spin Ultra 2, le dynamisme n’est clairement pas l’élément central de l’expérience. La géométrie reste assez classique, avec un rocker très discret, presque imperceptible. On ne ressent pas d’effet de bascule marqué vers l’avant et la chaussure n’accompagne pas activement le déroulé du pied. Le mouvement reste naturel, mais il dépend essentiellement de l’engagement du coureur.

La mousse Bounce Foam, de son côté, est plutôt ferme et dense. Elle ne se comprime pas beaucoup et ne renvoie pas une sensation de rebond prononcée. Le comportement est linéaire, stable, prévisible. Il n’y a pas cet effet de propulsion ou de retour d’énergie que l’on retrouve sur des modèles plus orientés performance ou plus modernes dans leur construction. Cela ne signifie pas que la chaussure soit inerte, mais le dynamisme reste contenu, sans surprise particulière.

À l’usage, je n’ai pas été frustré, simplement parce que je ne pense pas que ce soit ce qu’on lui demande. Sur terrain alpin technique, avec peu de portions roulantes et peu de relances franches, la priorité n’est pas forcément le rebond maximal. Dans ces contextes, la stabilité et la précision priment largement sur l’explosivité. En revanche, si l’on cherche une chaussure capable d’accompagner des allures élevées sur terrain roulant ou d’apporter une sensation marquée de relance, elle ne sera probablement pas la plus adaptée.

Spin ultra 2

Un maintien précis et sécurisnat

Le maintien est probablement l’un des points les plus convaincants de cette Scarpa Spin Ultra 2. Dès les premières sorties, j’ai ressenti une vraie sensation de cohérence entre le pied et la chaussure, sans flottement ni approximation.

Le chaussant est plutôt fin et assez ajusté, ce qui crée d’emblée un contact proche du pied. Le mesh, peu extensible, ne se déforme quasiment pas lorsque le pied bouge. Contrairement à certains matériaux plus souples qui accompagnent le mouvement mais peuvent parfois générer un léger délai ou une sensation de flou, ici la chaussure suit immédiatement les déplacements du pied. Cette rigidité structurelle participe clairement au maintien global.

À l’arrière, le contrefort talon est semi-rigide et bien enveloppant. Il maintient efficacement l’arrière pied sans être inconfortable. Le rembourrage autour du collier apporte ce qu’il faut de douceur pour éviter toute sensation de compression excessive, tout en conservant une bonne tenue. Je n’ai pas ressenti de mouvements parasites dans les dévers ou en descente technique. À l’avant, le volume reste mesuré. Le pied est contenu sans être comprimé, mais on est loin d’un chaussant large ou permissif. Cette proximité améliore la précision, notamment lorsque l’on pose le pied sur des appuis instables ou irréguliers. On ne subit pas la chaussure, elle reste solidaire du pied.

 

Une bonne stabilité

La stabilité de la Scarpa Spin Ultra 2 découle directement de ses choix de construction. On est sur une chaussure relativement basse, avec 28 mm au talon et 24 mm à l’avant, ce qui limite naturellement l’effet de hauteur. On ne se sent pas perché. Au contraire, la sensation est plutôt proche du sol, avec un bon niveau de lecture du terrain.

La mousse, ferme et peu compressible ne s’écrase pas excessivement à l’impact et ne se déforme pas latéralement. Cela évite les mouvements parasites, notamment en dévers ou lors des appuis instables. On ne ressent pas cet effet d’affaissement que l’on peut parfois observer sur des modèles plus souples ou plus hauts, où la stabilité dépend fortement de la qualité du terrain.

Le mesh rigide participe également à cette stabilité globale. Comme il ne s’étire quasiment pas, le pied reste bien contenu et les mouvements internes sont limités. La chaussure suit le pied de manière immédiate, ce qui renforce la sensation de contrôle.

À l’usage, j’ai trouvé l’ensemble très cohérent en terrain technique. Que ce soit sur des pierriers, des sentiers accidentés ou des portions plus cassantes, la chaussure ne donne jamais l’impression de subir le terrain. Elle reste stable, prévisible et rassurante.

Spin ultra 2

L’accroche et l’adhérence : deux réalités différentes

Une accroche correcte

L’accroche dépend principalement du dessin et de la profondeur des crampons. Ici, on est sur des crampons de 4 mm, avec une orientation différenciée entre l’avant et l’arrière du pied. Le dessin est assez polyvalent, mais la zone médiane reste relativement évidée, avec peu de relief central.

Sur terrain sec, compact ou légèrement caillouteux, cela fonctionne bien. La chaussure reste prévisible, stable, et les crampons suffisent largement à sécuriser les appuis. En montagne sèche, sur sentiers abrasifs ou rocailles, je n’ai pas ressenti de manque particulier.

En revanche, dès que le terrain devient plus meuble ou franchement boueux, les limites apparaissent plus vite. Les 4 mm restent modestes pour des conditions grasses, et j’ai observé une tendance au colmatage lorsque la boue est humide et collante. Dans ces situations, la chaussure perd en mordant, notamment en montée raide ou en relance sur sol fuyant.

Une adhérence limitée

Concernant l’adhérence pure, c’est-à-dire la capacité du caoutchouc à tenir sur des surfaces lisses ou mouillées, j’ai été un peu surpris. La semelle est annoncée en Vibram Megagrip, un composé généralement réputé pour sa fiabilité sur roche humide ou racines mouillées.

Dans les faits, je n’ai pas retrouvé une adhérence exceptionnelle. Ce n’est pas une savonnette, loin de là, mais je n’ai pas eu cette sensation de grip “total” que l’on peut parfois ressentir avec certains modèles équipés du même composé. Sur roche mouillée ou souches humides, le comportement reste correct, mais sans marge de sécurité très large.

Je ne sais pas si cela vient du dessin, de la répartition des zones de contact ou d’un autre paramètre, mais le résultat est un peu en retrait par rapport à ce que j’attendais théoriquement du Megagrip.

 

Une précision qui se fait sentir sur le technique

Le chaussant est ajusté, plutôt fin, et le mesh peu extensible limite fortement les mouvements parasites. Lorsque le pied se place sur un appui irrégulier, la chaussure suit immédiatement, sans latence ni déformation excessive. On ne ressent pas d’effet de flottement interne, ce qui permet de poser le pied avec intention.

La fermeté de la mousse participe également à cette précision. Comme elle se déforme peu, on conserve une lecture assez fidèle du terrain. On sent ce qui se passe sous le pied. Ce n’est pas une sensation minimaliste, mais on n’est pas non plus isolé par une couche d’amorti très épaisse et très souple. Cette proximité relative avec le sol améliore la qualité de placement, notamment sur pierriers, dalles rocheuses ou sentiers techniques étroits. La rigidité globale de la chaussure joue aussi un rôle. Elle ne vrille pas facilement en torsion longitudinale ou transversale. Cela permet de conserver une plateforme stable lorsque l’appui est asymétrique ou partiel, par exemple lorsque l’on pose l’avant-pied sur une pierre saillante.

À l’usage, je n’ai pas eu l’impression de subir la chaussure ni le terrain. Elle reste cohérente, lisible, et permet de placer le pied précisément sans devoir corriger en permanence. Pour une utilisation en environnement alpin, où la qualité de l’appui est souvent plus importante que la vitesse pure, c’est un atout évident.

 

Des défauts ?

La première limite de cette Spin Ultra 2 concerne l’accroche en terrain gras et l’adhérence sur surfaces humides. Comme je l’ai expliqué, les crampons de 4 mm et le dessin relativement aéré au centre limitent le mordant lorsque le sol devient meuble ou boueux. De la même manière, je n’ai pas retrouvé une adhérence exceptionnelle sur roche mouillée. Ce n’est pas problématique en conditions sèches, mais cela restreint son domaine d’excellence.

Le deuxième point concerne le dynamisme. La mousse reste ferme et peu rebondissante, et le rocker est très discret. Si l’on recherche une chaussure capable de relancer facilement ou d’accompagner un déroulé fluide sur des sections roulantes, elle ne sera pas la plus stimulante. Elle privilégie le contrôle au rendement.

Enfin, la question de la distance maximale me semble légitime. Malgré son nom, je ne suis pas totalement convaincu de sa pertinence pour du très long format, notamment au-delà de 100 kilomètres ou sur des épreuves très prolongées. L’amorti reste modéré et ferme, ce qui peut devenir exigeant sur la durée, surtout pour les coureurs sensibles des pieds ou habitués à des plateformes plus protectrices. Je la vois davantage performante sur des formats intermédiaires, de 40 à 80 kilomètres, voire jusqu’à 100 selon le profil du coureur et la nature du terrain.

Conclusion – Mon avis sur les Spin Ultra 2

Après plusieurs sorties dans des contextes variés, mon avis sur la Scarpa Spin Ultra 2 est assez clair. C’est une chaussure cohérente, bien construite, avec un positionnement marqué. Elle assume son ADN montagne et ne cherche pas à suivre les tendances actuelles vers toujours plus de moelleux ou de rebond.

J’ai particulièrement apprécié sa précision, sa stabilité et son maintien. En terrain technique, elle donne confiance. On sent que la chaussure est structurée, qu’elle ne se déforme pas, qu’elle accompagne fidèlement le placement du pied. Pour évoluer sur sentiers alpins, pierriers, terrains accidentés et abrasifs, je la trouve pertinente et rassurante. C’est typiquement le genre de modèle que je peux envisager sur des formats engagés entre 40 et 80 kilomètres, voire jusqu’à 100 selon le profil et les conditions.

En revanche, je la vois moins adaptée pour du très long ultra, surtout si l’épreuve dépasse largement les 100 kilomètres ou impose de nombreuses heures d’appuis répétés sur terrain dur. L’amorti reste ferme et mesuré, et le dynamisme est contenu. Ce n’est pas une chaussure qui “aide” beaucoup, c’est une chaussure qui exige un minimum d’engagement et de solidité musculaire.

L’accroche et l’adhérence, elles aussi, orientent clairement son terrain de jeu : plutôt sec, alpin, technique. Dès que le sol devient très gras ou très humide, on atteint plus rapidement ses limites.

Au final, je vois la Spin Ultra 2 comme une réussite dans sa catégorie, à condition de bien comprendre son terrain d’expression. Ce n’est pas une chaussure d’ultra universelle capable de tout faire, mais une alpine polyvalente, stable et précise, pensée pour les coureurs qui privilégient le contrôle et la lecture du terrain à l’effet rebond et au confort maximal. Et dans ce registre-là, elle tient parfaitement son rôle.

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La vidéo du test des Spin Ultra 2

 

 

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