Vous vous demandez quelles sont les différences entre femmes et hommes au niveau des déterminants de la performance en course à pied et trail ? Cet article est pour vous.

Dans le cadre d’une série Courir Mieux consacrée aux femmes en endurance, je vous propose une revue de littérature sur les différences observées entre femmes et hommes au niveau des déterminants de la performance en course à pied et en trail, et sur la question d’un éventuel entraînement spécifique à adopter.
En endurance, la question des différences entre femmes et hommes revient de manière récurrente. Les performances féminines qui dépassent celles des hommes sont particulièrement mises en avant, même si ces situations restent rares sur des distances allant jusqu’à l’ultra-trail d’environ 180 km. On observe toutefois que leur fréquence augmente légèrement sur des formats encore plus extrêmes.
Pendant longtemps, la littérature scientifique s’est concentrée sur le VO₂max et sur des efforts relativement courts. Dans ce cadre précis, les hommes présentent en moyenne des valeurs absolues plus élevées. Mais à mesure que l’on s’éloigne de ces intensités maximales pour entrer dans des efforts prolongés, sous-maximaux et très fatigants, typiques du trail long et de l’ultra-endurance, la hiérarchie des déterminants de la performance évolue. D’autres facteurs deviennent centraux, comme l’économie de course, des facteurs musculaires ou encore le pacing.
Ces évolutions contribuent à expliquer pourquoi l’écart de performance entre femmes et hommes tend à se réduire lorsque la durée augmente, et pourquoi certaines femmes atteignent, voire dépassent, des performances masculines sur des formats très longs. Plusieurs analyses en ultra-endurance montrent en effet une convergence progressive des performances lorsque l’intensité relative diminue et que la fatigue périphérique devient le facteur limitant principal (Hunter, 2014 ; Le Mat et al., 2023).
Cet épisode est le premier d’une série consacrée aux femmes en endurance. Si, comme moi, vous vous interrogez sur ce que signifie être une femme sportive et sur les implications que cela peut avoir en matière d’entraînement et de performance, j’espère que cette série nourrira autant votre réflexion que la mienne.
Dans ce premier volet, nous aborderons certains déterminants principaux identifiés dans la littérature : le VO₂max, l’économie de course, les paramètres neuromusculaires, la composition corporelle ainsi que la gestion des aspects techniques et du pacing. L’objectif n’est ni de hiérarchiser les sexes ni de proposer une lecture simpliste de la performance, mais d’analyser rigoureusement certains déterminants majeurs de la performance en trail et en course à pied à la lumière des données scientifiques.
Un point important mérite d’être précisé d’emblée. La question hormonale ne sera volontairement pas abordée dans cet épisode, et fera l’objet d’un épisode dédié ultérieurement. Les hormones sexuelles jouent un rôle majeur dans le métabolisme, la thermorégulation et la récupération, mais leur influence est complexe, et méritent un temps à elles seules !
Mais avant de passer à la suite, je souhaite remercier le partenaire de cette série, KoRo.
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Le VO2max
Si l’on revient sur la première différence hommes/femmes mise en avant dans la littérature, le VO2max (pour savoir comment l’entrainer, c’est ici), il est défini comme le volume maximal d’oxygène que votre métabolisme est capable d’utiliser pendant une activité physique. VO2 max signifie donc “volume d’oxygène maximal”. Cette mesure représente un volume, et s’exprime en millilitres par minute, ou millilitre par minute par kilos. Rien que dans cette définition on peut noter une première information intéressante selon moi, c’est l’importance du poids, de la masse corporelle, dans la formule, mais je viens sur ce point juste après.
Ici le but ne vas pas être d’entrer dans les détails de VO2 max, mais on peut noter que certaines études soulignent que le VO2max pourrait expliquer jusqu’à 50% de la performance sur des distances comme le semi-marathon (e.g., Gómez-Molina et al., 2017 ; Nikolaidis, P. T., & Knechtle, B., 2023) et le marathon (e.g., Legaz-Arrese et ala., 2007, étude menée sur des femmes et des hommes). Et qu’il serait ainsi un des déterminants de la performance les plus importants en trail de courte distance, de moyenne distance, mais aussi en ultra-trail (e.g., Sabater-Pastor et al., 2023, cette étude de Sabater-Pastor a été menée uniquement chez des hommes) petite précision, la grande majorité de ces études ont été réalisées sur des hommes uniquement.
Différences femme / homme sur le VO2max
Comme nous venons de le voir, le VO₂max peut s’exprimer en valeur absolue (litres ou millilitres par minute) ou en valeur relative, le plus souvent rapportée au poids corporel (ml·min⁻¹·kg⁻¹).
Lorsque l’on rapporte le VO₂max à la masse maigre (fat free mass), l’écart entre les hommes et les femmes est relativement modéré, de l’ordre de 5 % en faveur des hommes (Cureton, 1981 ; Sparling, 1980b). En revanche, lorsqu’il est rapporté au poids corporel total, incluant donc la masse grasse, la différence augmente et atteint environ 10 à 20 % (Pate & O’Neill, 2007 ; Sparling, 1980b). Enfin, si l’on considère les valeurs absolues, sans contrôle du poids, les femmes présentent en moyenne un VO₂max inférieur de 40 à 60 % par rapport aux hommes (Sparling, 1980a).
Cette augmentation progressive de l’écart s’explique principalement par les différences de composition corporelle. En moyenne, les femmes présentent un pourcentage de masse grasse plus élevé que les hommes. De plus, les femmes sont en moyenne plus petites et plus légères que les hommes, même s’il existe une grande variabilité interindividuelle. C’est ce qui peut expliquer que cet écart passe de 5% à plus de 40% lorsqu’on ne contrôle plus la masse grasse et le poids.
Maintenant si on revient à notre écart de 5% lorsque ces paramètres sont contrôlés, ces différences au niveau du VO2max s’expliquent en partie par des déterminants cardiovasculaires et hématologiques. Les hommes présentent en moyenne un volume sanguin plus élevé que les femmes, ainsi qu’une concentration en hémoglobine (i.e., molécule qui achemine l’oxygène dans les organes et les tissus) et un hématocrite (i.e., capacité du sang à transporter l’oxygène) supérieures, ce qui augmente la capacité de transport de l’oxygène. Par ailleurs, à taille égale, les femmes possèdent des volumes pulmonaires plus faibles, ce qui peut limiter la ventilation maximale et potentiellement la saturation artérielle en oxygène lors d’exercices d’intensité élevée (e.g., Calbet & Joyner, 2010). On peut aussi noter que les femmes ont en moyenne une masse cardiaque plus faible que celle des hommes (e.g., JD Westaby et al., 2022).
Il est important de rappeler que le VO₂max est un prédicteur très robuste de la performance sur les efforts d’endurance courts à intermédiaires, et plus récent d’effort plus long, de type ultra (160km, Sabater-Pastor et al., 2023). En revanche, plus la durée de l’effort augmente, plus son pouvoir prédictif diminue au profit d’autres déterminants.
On peut aussi nuancer ces résultats par rapport au profil de course notamment en trail, et particulièrement à cause du dénivelé et du terrain.
L’économie de course
Au-delà du VO₂max, un autre paramètre joue un rôle central en endurance : l’économie de course. Elle correspond à l’efficacité avec laquelle un coureur ou une coureuse transforme l’énergie produite par son métabolisme en vitesse de déplacement (van Ingen Schenau & Cavanagh, 1990). Concrètement, deux athlètes présentant le même VO₂max peuvent afficher des performances différentes si l’un dépense moins d’énergie que l’autre pour maintenir une vitesse donnée.
Classiquement, l’économie de course est évaluée à partir de la consommation d’oxygène mesurée lors d’un effort sous-maximal à une vitesse déterminée (exprimée en ml·min⁻¹·kg⁻¹). Elle peut également être présentée sous forme de coût en oxygène par distance parcourue (ml·kg⁻¹·km⁻¹), en rapportant la consommation nette d’oxygène à la vitesse de course.
Néanmoins, l’équivalent énergétique d’un litre d’oxygène dépend du substrat majoritairement utilisé. La part relative des lipides et des glucides varie en fonction de l’intensité, de la durée de l’effort, du niveau d’entraînement et du sexe (Fletcher et al., 2009b ; Vernillo et al., 2017c ; Romijn et al., 2000a ; Tarnopolsky et al., 2007b). Pour tenir compte de ces variations, certains auteurs recommandent d’exprimer l’économie de course en coût énergétique (kcal·kg⁻¹·km⁻¹ ou J·kg⁻¹·m⁻¹), en intégrant le quotient respiratoire afin d’affiner l’estimation (Fletcher et al., 2009b). Selon la manière dont elle est exprimée, l’économie de course peut ainsi évoluer différemment lorsque l’intensité augmente. Cette nuance méthodologique dépasse néanmoins le cadre de cet épisode.
Une variable fortement prédictive sous certaines conditions
Chez des athlètes entraînés présentant des VO₂max comparables, l’économie de course apparaît souvent comme le meilleur prédicteur de la performance sur les distances courtes (16km, McLaughlin et al., 2010). Elle résulte de l’interaction de facteurs physiologiques, biomécaniques, anatomiques et neuromusculaires, ce qui en fait un paramètre multifactoriel nécessitant une approche intégrée (Fletcher & MacIntosh, 2017a ; Moore, 2016).
L’entraînement peut améliorer progressivement cette efficacité locomotrice, y compris chez des athlètes de haut niveau (Jones, 2006). Les spécificités de la pratique, route ou trail, sont donc susceptibles d’induire des adaptations différentes, notamment en raison des variations de terrain, du dénivelé et du travail excentrique en descente.
En trail, la relation entre économie de course et performance semble moins systématique. La revue systématique de de Waal et al. (2021), qui synthétise sept études portant spécifiquement sur les déterminants physiologiques de la performance en trail, rapporte une association moyenne faible à modérée entre économie de course et performance (r ≈ −0,31) (de Wall et al., 2021). Seules trois études identifient une relation significative, et cette association tend à s’atténuer lorsque les groupes sont homogènes en termes de niveau. Plus largement, les auteurs montrent que le modèle classique de l’endurance (incluant le VO₂max et l’économie de course) explique une part plus faible de la variance de performance en trail que ce qui est observé en course sur route (de Wall et al., 2021), soulignant ainsi la nature plus multifactorielle de la performance en terrain naturel.
En revanche, lorsque les conditions de mesure se rapprochent davantage des contraintes réelles de la course, le pouvoir prédictif semble s’améliorer. Ehrström et al. (2018) ont montré qu’une mesure réalisée sur tapis de course à 10 % d’inclinaison, plus représentative des sections en montée, renforçait la capacité du modèle à expliquer la performance. De manière cohérente, de Waal et al. insistent sur la nécessité de développer des protocoles plus spécifiques, intégrant des inclinaisons variables, voire des tests réalisés en conditions réelles, afin d’améliorer la pertinence écologique des évaluations physiologiques en trail (de Wall et al., 2021).
Au-delà du marathon
Sur les formats très longs, l’influence de l’économie de course semble diminuer. Aucune association significative n’a été mise en évidence entre économie de course et performance sur 75 km (Balducci et al., 2017), sur des distances comprises entre 50 et 160 km (Coates et al., 2021), ni à l’issue d’un effort continu de 24 heures (Millet et al., 2011a).
Dans ces contextes d’ultra-endurance, la stratégie locomotrice pourrait répondre à une logique différente. Plutôt que de viser l’optimisation stricte du coût énergétique instantané, le coureur chercherait à préserver l’intégrité musculo-tendineuse et articulaire, en limitant la fatigue et les dommages musculaires précoces (Millet et al., 2012b). La mécanique de course correspondrait alors à un compromis entre efficacité énergétique et protection tissulaire. Cela souligne l’importance, pour l’ultra-traileur, de stratégies d’entraînement et de gestion compétitive visant à limiter les dommages cumulatifs, même si cela implique de ne pas maximiser en permanence l’économie de course.
Différences femme / homme sur l’économie de course
Les données disponibles concernant d’éventuelles différences entre hommes et femmes en matière d’économie de course en trail demeurent limitées. La revue systématique de de Waal et al. (2021), qui synthétise les déterminants physiologiques de la performance en trail, inclut une proportion très faible de femmes (10 participantes sur 129 sujets au total), sans analyse spécifique selon le sexe. Les auteurs ne rapportent pas de différences en fonction du sexe concernant l’économie de course. Mais cela est davantage un reflet d’un manque de puissance statistique et de travaux dédiés à cette question. Plus largement, la littérature sur le trail reste majoritairement centrée sur des échantillons masculins, limitant les comparaisons robustes.
En l’état actuel des connaissances, aucune preuve solide ne permet donc d’affirmer l’existence d’une différence d’économie de course entre hommes et femmes en trail ; l’hypothèse la plus prudente est celle d’une efficacité locomotrice globalement similaire, les écarts de performance étant davantage liés à d’autres déterminants.
Les paramètres musculaires
Différences hommes / femmes de composition en fibres musculaires
Maintenant nous allons nous intéresser aux facteurs musculaires, et de grandes méta-analyses regroupant plusieurs milliers de biopsies musculaires chez l’adulte ont pu mettre en évidence des différences robustes entre les sexes en matière de composition en fibres musculaires. Globalement, les hommes présentent une proportion relative plus élevée de fibres de type II (fibres rapides) ainsi qu’une surface proportionnelle plus importante occupée par ces fibres. De plus, les fibres de type II sont en moyenne plus volumineuses chez les hommes, ce qui contribue à un phénotype musculaire davantage orienté vers la production de force et de puissance élevées (Nuzzo et al., 2023).
À l’inverse, les femmes présentent une proportion relative plus importante de fibres de type I (fibres lentes), ainsi qu’une surface proportionnelle plus élevée occupée par ces fibres. Ces différences persistent même après ajustement pour le niveau d’activité physique et pour le groupe musculaire étudié, suggérant l’existence d’un effet biologique lié au sexe, indépendamment des habitudes d’entraînement.
Des analyses spécifiques par type de fibre confirment que les femmes présentent une surface proportionnelle plus élevée de fibres de type I et des fibres de type II plus petites, tandis que les hommes affichent un profil plus « rapide », avec des fibres globalement plus volumineuses et une contribution plus importante des fibres de type II.
Données spécifiques chez les coureurs et les athlètes d’endurance
Dans les disciplines d’endurance, plusieurs articles soulignent que les femmes tendent à présenter une surface proportionnelle plus importante de fibres de type I. Ce profil est souvent proposé comme un facteur contribuant à une meilleure résistance à la fatigue et à une plus grande flexibilité métabolique lors d’efforts prolongés, notamment en endurance et en ultra-endurance (Besson et al., 2022; Millet et al., 2025).
Les travaux classiques de biopsie réalisés chez des coureuses montrent des proportions d’environ 60 % de fibres lentes au niveau du vaste latéral, cohérentes avec un profil musculaire orienté vers l’endurance. Par ailleurs, dans des cohortes mixtes incluant athlètes d’endurance et de puissance, le pourcentage de fibres lentes est plus élevé chez les athlètes d’endurance, quel que soit le sexe. Mais parmi les sujets non entraînés, les femmes conservent en moyenne un pourcentage plus élevé de fibres lentes que les hommes, ce qui renforce l’hypothèse d’une différence de base indépendante de l’entraînement (Hall et al., 2021).
Implications fonctionnelles
Sur le plan fonctionnel, un profil comportant davantage et/ou de plus grandes fibres de type II est associé à une capacité supérieure de production de puissance maximale et de performance sur des efforts courts et explosifs. À l’inverse, une proportion plus élevée de fibres de type I, à forte capacité oxydative, est associée à une meilleure résistance à la fatigue et à une efficacité accrue dans les efforts prolongés.
Ainsi, chez les coureurs comme dans la population générale, les femmes tendent à présenter un profil musculaire avec davantage de fibres I, tandis que les hommes présentent relativement plus de fibres rapides et de plus grande taille. L’entraînement module fortement ces caractéristiques dans les deux sexes, notamment en influençant la surface relative des différents types de fibres. Les différences de composition et de taille des fibres liées au sexe biologique semblent persister en arrière-plan, même chez les athlètes entraînés.
Néanmoins, une étude récente, de petite taille mais rigoureuse, a comparé des femmes et des hommes spécialistes du 10 km, appariés par leur performance ou par leur volume d’entraînement (Engelbrecht et al., 2024).
Contrairement aux tendances observées dans la population générale, aucune différence significative n’a été retrouvée entre les sexes concernant la proportion de fibres de type I et II. Ces résultats suggèrent que, chez des coureurs de 10 km soigneusement appariés, les différences moyennes décrites au niveau de la population peuvent être atténuées par l’entraînement et le niveau de performance.
La composition corporelle
Maintenant si on s’intéresse aux différences de composition corporelle entre hommes et femmes, elles sont bien documentées chez les coureurs, y compris à niveau de performance comparable.
Les études récentes utilisant des méthodes objectives (comme l’impédancemétrie) montrent que les hommes présentent une masse maigre plus élevée et un pourcentage de masse grasse plus faible que les femmes, y compris chez des élites (Sobolewski et al., 2021).
Ces écarts ne concernent pas uniquement la masse totale, mais aussi la répartition régionale. Chez les sprinteurs notamment, les différences sont particulièrement marquées au niveau des masses musculaires des extenseurs et fléchisseurs de hanche, muscles clés pour la production de force et de vitesse. En endurance, les hommes conservent une masse musculaire totale plus élevée (8 à 12% de plus) et une masse grasse relative plus faible (55 à 58% plus faible) que les femmes dans toutes les disciplines (du 1500 m au cross-country), même si les deux sexes restent très “secs” comparés à la population générale (Trinschek et al., 2022).
Sur le plan fonctionnel, une masse maigre plus élevée et un pourcentage de masse grasse plus faible contribuent à des valeurs absolues plus élevées de VO₂max et à une capacité de production de puissance supérieure chez les hommes. Cela participe à l’écart moyen de performance observé en course d’endurance (environ 9–11 % selon les distances).
Chez les coureurs comme dans la population générale, les hommes sont en moyenne plus musclés et plus minces, tandis que les femmes présentent un pourcentage de masse grasse plus élevé et une masse musculaire plus faible.
Le pacing
Le pacing correspond à la manière dont un athlète distribue son effort tout au long d’une épreuve. Il constitue un déterminant majeur de la performance en endurance, en particulier lorsque la durée de l’effort augmente (Abbiss & Laursen, 2008 ; Foster et al., 1994).
Un pacing optimal vise à minimiser la dérive physiologique précoce, à retarder l’apparition de la fatigue périphérique et centrale, et à limiter l’accumulation de contraintes métaboliques et mécaniques susceptibles d’altérer la performance.
Plusieurs études réalisées en marathon et en semi-marathon montrent que les femmes adoptent en moyenne une stratégie d’allure plus régulière que les hommes. Dans une analyse de plus de 90 000 marathoniens, Deaner et al. (2015) ont observé que les hommes présentaient davantage de positive splits marqués (ralentissement important en seconde moitié de course), tandis que les femmes maintenaient plus fréquemment une allure stable. Ces résultats ont été confirmés dans d’autres analyses de grandes cohortes de courses sur route (e.g., March et al., 2011 ; Hanley et al., 2016).
Des données issues des World Marathon Majors (Hanley et al., 2016) montrent également que la baisse de vitesse entre la première et la seconde moitié est en moyenne plus faible chez les femmes (≈2,8 %) que chez les hommes (≈3,4 %), même après ajustement pour l’âge et le niveau de performance. Des analyses réalisées sur les marathons de Vienne et de Ljubljana retrouvent la même tendance : les femmes présentent une variabilité d’allure plus faible et un ralentissement tardif moins prononcé. En revanche, sur 10 km et semi-marathon, les différences sont plus modestes voire absentes. Lorsque la durée d’effort diminue, les profils de pacing deviennent plus similaires entre les sexes (e.g.,Ćuk et al., 2021; Nikolaidis et al., 2019).
En ultra-endurance (100 km, 100 miles, Spartathlon), la tendance se renforce à nouveau : les hommes partent plus vite et présentent une plus grande variabilité d’allure, tandis que les femmes adoptent un départ plus conservateur et maintiennent relativement mieux leur vitesse sur la seconde moitié (e.g., Moffit et al., 2021).
Mécanismes explicatifs
Deux grands types d’explications sont avancés. Sur le plan physiologique, les femmes présentent en moyenne une plus grande proportion de fibres de type I et une meilleure capacité d’oxydation lipidique, ce qui pourrait favoriser la résistance à la fatigue lors d’efforts prolongés.
Sur le plan décisionnel et comportemental, plusieurs travaux suggèrent que les hommes adoptent plus fréquemment des stratégies de départ risquées, susceptibles d’augmenter la probabilité d’un ralentissement marqué en fin de course.
Le pacing diffère bien entre hommes et femmes, en particulier à partir du marathon. Les femmes tendent à adopter des départs plus prudents et à ralentir moins en seconde partie d’épreuve, tandis que les hommes présentent plus souvent un profil de départ rapide suivi d’un ralentissement plus marqué.
Focus sur l’étude de Millet et al. (2025)
Avant de conclure sur cet épisode, j’aimerais qu’on s’attarde un peu sur l’étude de Millet et al (2025)
Ici les auteurs proposent, que l’écart relatif de performance entre hommes et femmes tend à être plus important en ultra-trail de montagne que sur terrain plat, avec un écart de performance de 9 à 12% sur terrain plat et de 18 à 22% en milieu montagnard.
Ils identifient trois facteurs propres au contexte montagnard susceptibles d’élargir cet écart : La locomotion en montée et descente, l’altitude, les températures extrêmes.
La locomotion en montée et descente
Les différences de performance en montée sont environ deux fois plus importantes que sur terrain plat (≈18–22 % contre 9–12 %).
Les raisons principales évoquées sont : une masse musculaire plus faible chez les femmes que chez les hommes, un rapport masse musculaire/masse grasse défavorable chez les femmes, et une proportion moindre de fibres rapides (type II) chez les femmes.
L’altitude
Le système pulmonaire féminin en altitude serait moins efficace que le masculin : des voies respiratoires plus petites, une respiration plus coûteuse, et une fatigue du diaphragme plus marquée. Cette limitation serait proportionnelle à l’altitude et plus marquée à haute altitude.
Les températures extrêmes.
Le froid désavantage les femmes car elles ont moins de masse musculaire, donc moins de production de chaleur, un plus grand ratio surface corporelle/masse, donc plus de perte de chaleur, et un début plus rapide des frissons et phénomène de Raynaud plus fréquent.
Les auteurs soulignent néanmoins que ces désavantages physiologiques potentiels ne doivent pas occulter la grande capacité d’adaptation des athlètes féminines, ni des facteurs comportementaux comme le pacing plus conservateur, qui pourrait jouer un rôle protecteur dans des environnements extrêmes.
En résumé, si les écarts hommes–femmes restent relativement stables sur terrain plat comme sur route, le terrain, l’altitude et les conditions environnementales spécifiques de la montagne semblent modifier l’équilibre physiologique, ce qui invite à analyser les différences de performance non seulement en fonction du sexe, de la distance, mais aussi à travers le contexte.

Conlusion
La littérature semble indiquer que les hommes sont avantagés par rapport aux femmes en endurance et plus spécifiquement en trail, notamment du au VO2max, à la composition corporelle ou encore à la typologie musculaire. Il est toutefois intéressant de noter que l’écart de performance entre hommes et femmes tend à diminuer lorsque la durée d’effort augmente, notamment en ultra-endurance (e.g., Lepers & Stapley, 2016), avec un point de performance équivalente qui arriverait au bout de 275km d’effort (Le Mat et al., 2023). En revanche, les femmes semblent avoir un meilleur pacing et ainsi une meilleure gestion de course qui leur serait favorable, et notamment à mesure que la distance augmente.
Enfin, plusieurs travaux suggèrent une moindre fatigabilité relative à intensité sous-maximale chez les femmes (Hunter, 2014), ce qui pourrait influencer la hiérarchie des déterminants lorsque la performance dépend davantage de la gestion de la fatigue.
Toutefois, rien n’indique aujourd’hui que les femmes et les hommes « fonctionnent » différemment sur le plan des déterminants fondamentaux de la performance en endurance et en trail. Les mêmes variables expliquent la performance. Mais lorsqu’on les compare entre les sexes certaines paramètres d’exprime plus favorablement chez les femmes par rapport aux femmes.
Faut-il s’entraîner différemment selon le sexe en trail ?
Une question revient régulièrement lorsque l’on aborde les différences biologiques entre hommes et femmes : ces différences doivent-elles conduire à des modèles d’entraînement distincts en trail ? À l’heure actuelle, la littérature scientifique ne permet pas de soutenir une telle conclusion. Les déterminants fondamentaux de la performance en endurance, VO₂max, économie de course, paramètres musculaires, pacing, sont des déterminants autant pour les hommes que pour les femmes (Joyner & Coyle, 2008). Les écarts observés en performance s’expliquent principalement par des différences quantitatives, notamment au niveau du VO₂max absolu et de la masse maigre, plutôt que par des mécanismes physiologiques fondamentalement différents.
En trail spécifiquement, les données restent limitées. La revue systématique de de Waal et al. (2021) ne met en évidence aucune différence sexuée concernant les déterminants physiologiques de la performance, mais souligne surtout le faible nombre de femmes incluses dans les études disponibles. Autrement dit, les données actuelles sont insuffisantes pour justifier des recommandations différenciées, sur ce plan là en tout cas, sans parler du volet hormonal.
Certaines caractéristiques physiologiques documentées dans la littérature générale pourraient toutefois moduler l’expression des déterminants en situation réelle. Ces observations suggèrent que la gestion de la fatigue et la durée d’effort peuvent influencer différemment la performance selon le sexe, sans pour autant remettre en cause les principes fondamentaux de l’entraînement.
En pratique, rien n’indique aujourd’hui que les femmes et les hommes doivent suivre des modèles d’entraînement radicalement différents. Les mêmes principes d’individualisation, de progressivité, de spécificité s’appliquent aux deux sexes. Ainsi il ne semble pas nécessaire de différencier l’entrainement en fonction du sexe, mais il s’agira probablement de l’adapter, ou non, en fonction d’autres paramètres centraux chez les femmes, comme le cycle hormonal.
Les traileuses doivent-elles s’entraîner différement ? 1/10 – Les déterminants de la performance
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Références
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