
Ben Dhiman, l’esprit nature et la soif de performance
Dans cet épisode, j’ai eu le plaisir d’échanger avec Ben Dhiman, traileur professionnel américain installé dans les Pyrénées, et deuxième de l’UTMB 2025. Son parcours conjugue deux univers que l’on associe rarement, l’appel profond de la nature et la quête du plus haut niveau de performance. Arrivé en France il y a plus de cinq ans, marié à une Française et papa de trois enfants, Ben se définit lui-même par cet équilibre entre sa passion pour les grands espaces et son besoin viscéral de compétition. Ancien cuisinier, toujours passionné par la cuisine, il a bâti sa vie d’athlète autour de la montagne et d’un projet mûri sur le long terme.
Avant de devenir traileur, Ben a longtemps joué au football, jusqu’à une vingtaine d’années et une blessure au genou qui l’éloigne du sport. Adolescent, il avait pourtant montré un vrai don pour la course en cross, sans jamais s’y attacher. C’est par la nature qu’il revient au mouvement, avec de longues traversées à pied, six mois de marche en forêt aux États-Unis, puis la traversée du Népal en 2018 et une Diagonale des Fous bouclée presque en mode randonnée. Il comprend alors que marcher ne suffit pas pour performer et qu’il faut s’entraîner pour franchir un cap. La naissance de son premier enfant, en 2021, marque le vrai virage, le moment où il décide d’investir toute son énergie dans la course à pied et d’aller au bout de son rêve. Aujourd’hui, sa polyvalence est rare, capable de courir un 5 kilomètres en 14 minutes 55 et un 10 kilomètres sous les 30 minutes, tout en se montrant redoutable sur les ultras les plus exigeants.
L’entraînement de Ben Dhiman
Particularité notable, Ben s’entraîne seul, sans entraîneur, en se fiant à un instinct affûté de ce dont ses jambes ont besoin. Sa méthode repose avant tout sur le volume, qu’il suit en kilomètres et en dénivelé bien plus qu’en heures. En bloc, il évolue souvent entre 160 et 170 kilomètres par semaine, et grimpe jusqu’à 180 voire 200 kilomètres avec 10 à 12000 mètres de dénivelé positif sur ses plus grosses charges. Sa conviction, c’est que la performance se construit sur une charge chronique accumulée pendant des mois et des années, avec des adaptations qui se jouent sur le très long terme.
Pour encaisser ce volume sans se blesser, Ben varie sans cesse les terrains, du roulant au très raide, de la marche à la course rapide, en alternant les pentes pour préserver ses fibres et ses jambes. Côté intensité, il privilégie le bas régime et beaucoup de travail spécifique autour de la zone 3, l’allure de ses efforts forts en course, avec quelques blocs plus explosifs. Il s’entraîne sept jours sur sept, souvent en double séance, jusqu’à dix à douze séances hebdomadaires, complétées par de la musculation, du vélo, un peu de yoga et beaucoup de ski de randonnée l’hiver, où il cumule 15 à 20000 mètres de dénivelé par semaine. Il ne suit ni VFC ni questionnaire et fonctionne au feeling. Après l’UTMB, il a aussi affiné son alimentation, conscient que mieux manger au quotidien fait partie des derniers détails qui font la différence.
Au-delà des résultats, Ben met en avant deux idées qui guident sa démarche, la patience d’un projet construit sur le temps long et l’amour sincère de la nature qui ne quitte jamais sa pratique. Convaincu que la réussite vient à ceux qui se donnent le temps, il assume une trajectoire peu classique et savoure autant la puissance des grands espaces que la recherche de la performance. Après deux abandons sur l’UTMB en 2023 et 2024, puis cette deuxième place en 2025, il repart en 2026 avec un objectif clairement assumé, gagner un jour la plus emblématique des courses.
Extraits de l’épisode avec Ben Dhiman
- Comment fais-tu pour encaisser autant de volume sans te blesser ? « Le plus important, c’est de changer le type de terrain. Si tu alternes le roulant, la marche et le raide, tu gardes les jambes et les fibres, et c’est comme ça que tu fais passer le volume sans te blesser. »
- Quel conseil aimerais-tu transmettre à celles et ceux qui veulent progresser ? « Si ton projet est assez long, tu vas réussir. Il faut se donner le temps de vraiment construire quelque chose, et trouver dans le quotidien les solutions qui t’amènent pas à pas vers ton objectif. »
- Qu’est-ce qui fait de toi l’athlète que tu es aujourd’hui ? « Je suis l’athlète que je suis grâce à toutes les expériences que j’ai vécues. Je ne suis pas arrivé ici par un chemin classique, et j’aime avoir les deux choses en même temps, la performance et la passion pour la nature. »
Les chaussures de Ben Dhiman |
||
![]() |
![]() |
![]() |
Interview de Ben Dhiman – Podcast video
Interview de Ben Dhiman – Podcast audio
Et retrouvez ici les autres Rencontres
| Soutenez Courir Mieux, et rejoignez sa communauté de passionnés de trail, et de course à pied sur Patreon ! Cette abonnement donne accès à de nombreux contenus exclusifs ! |
Pour suivre l’actualité de mon invité :
Instagram ➡️ https://www.instagram.com/ben_dhiman/?hl=fr






