Entraînement en hypoxie – LA méthode pour performer en trail ?

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Performer grâce à l’hypoxie ?

Quand on s’intéresse à l’entraînement des meilleurs athlètes de trail, de marathon, ou encore en cyclisme, l’entraînement en altitude revient souvent. Stage à Font-Romeu, vie en station de ski, camps d’hypoxie simulée … les méthodes pour se trouver en hypoxie sont diverses. Et elles reposent toutes sur une seule et même promesse. L’hypoxie permettrait de gagner en performance une fois revenu à une altitude normale. Et l’argument semble logique. Si les meilleurs marathoniens du monde s’entraînent à 2400 m d’altitude au Kenya ou en Éthiopie, ce n’est peut-être pas un hasard.

Mais, si demain vous décidez de vous lancer dans un stage en altitude, il va falloir investir certaines ressources. Déjà financières, car il faut se déplacer et vivre, au moins pendant une période, en altitude, ou acheter un dispositif pour simuler cette hypoxie. Il faudra aussi investir des ressources temporelles, car les bénéfices de l’hypoxie prennent du temps à se mettre en place, plusieurs semaines au minimum. Aussi, la question que je me pose est “est-ce que ces investissements en valent-ils la peine ?”. Est-ce que l’hypoxie permet vraiment de gagner en performance en endurance ? Et si oui, est-ce que les effets sont notables ? Car, si 3 semaines en station induisent un gain de performance comparable à la caféine, il me semble plus avantageux de se tourner vers cet ergogène.

Pour répondre à ces questions, je vous propose un tour d’horizon structuré en trois temps. D’abord, un point sur le vocabulaire et la physiologie, parce qu’on ne peut pas estimer l’utilité d’une méthode par rapport à une autre sans comprendre ce qu’elles sont. Ensuite, une présentation des mécanismes physiologiques en jeu et des protocoles d’entraînement en hypoxie possibles. Et enfin, est-ce que ça marche ? C’est-à-dire, une revue des principales méta-analyses publiées sur le sujet.

L’hypoxie en trail, de quoi parle-t-on vraiment ?

Avant de rentrer dans les méthodes d’entraînement, leurs effets et leurs limites, il faut qu’on se mette d’accord sur les définitions. Parce que dès qu’on parle d’entraînement en hypoxie, beaucoup de termes, et de méthodes, viennent se mélanger. Par exemple, sous le grand chapeau de “s’entraîner en hypoxie”, on peut réunir des protocoles très différents, comme dormir en tente d’altitude, partir 3 semaines à Font-Romeu, faire des séances avec un masque, retenir sa respiration … Bref, tout ça, c’est de l’entraînement en hypoxie. Et pourtant, ces méthodes n’ont ni les mêmes mécanismes, ni les mêmes effets, ni les mêmes contraintes. Donc avant de pouvoir comparer, et estimer si une méthode ou une autre est utile pour nous, il faut comprendre ce que ces approches ont en commun, à savoir une exposition à un environnement appauvri en oxygène. 

Hypoxie, hypoxémie, altitude : un peu de vocabulaire

Qu’est-ce que l’hypoxie ?

Premier point fondamental à souligner, l’hypoxie n’est pas la même chose que l’altitude. L’altitude, c’est une donnée géographique. L’hypoxie, c’est ce que cette altitude provoque sur le plan physiologique, à savoir une baisse de la disponibilité en oxygène. La nuance compte, parce qu’à altitude égale, l’hypoxie ressentie n’est pas toujours strictement la même. La pression atmosphérique, et donc la pression partielle en oxygène, varie en effet légèrement avec la latitude, la météo et la température. 3000 m en Alaska et 3000 m au Kilimandjaro ne produisent pas exactement la même contrainte hypoxique.

Quand vous montez en altitude, la pression atmosphérique (c.-à-d. le poids de la colonne d’air qui se trouve au-dessus de vous) diminue. Plus vous prenez de l’altitude, plus la colonne d’air au-dessus de votre tête est courte, donc moins lourde, et plus la pression baisse. Or, la proportion d’oxygène dans l’air, elle, ne change pas avec l’altitude. Elle reste d’environ 21 %, que vous soyez sur une plage ou au sommet de l’Everest. Ce qui change, c’est la pression partielle en oxygène (c.-à-d. la pression qu’exerce spécifiquement l’oxygène dans le mélange de gaz qui constitue l’air). Comme la pression totale baisse, la pression partielle de chaque gaz du mélange baisse aussi proportionnellement.

Autrement dit, à chaque inspiration en altitude, vous prenez le même volume d’air et le même pourcentage d’oxygène (c.-à-d. la même proportion relative), mais vous inhalez en réalité moins de molécules d’oxygène qu’au niveau de la mer (c.-à-d. une proportion absolue différent). C’est cette baisse de pression partielle qui rend l’oxygène plus difficile à transférer de vos poumons vers votre sang.

Un problème de transfert

Imaginez deux salles voisines reliées par une porte ouverte. Dans la première, il y a beaucoup de monde. Dans la seconde, il y a presque personne. Par souci de confort, les gens vont passer de la salle bondée vers la salle vide. Plus l’écart de remplissage entre les deux salles est important, plus il y a de monde qui navigue d’une salle à l’autre. Si la première salle est presque aussi peu remplie que la seconde, moins de gens feront le transfert. C’est ce qui se passe pour l’oxygène entre vos alvéoles pulmonaires et votre sang. L’oxygène se transfère en se répartissant naturellement entre deux compartiments de pressions différentes.

Au niveau de la mer, la pression d’oxygène est élevée dans les alvéoles, et faible dans le sang qui arrive des muscles. L’écart est grand, le transfert est rapide. En altitude, la pression d’oxygène dans les alvéoles est plus basse. L’écart avec le sang se réduit, et le transfert devient plus lent et moins complet. C’est cette difficulté à charger correctement le sang en oxygène qui est à l’origine de toutes les conséquences de l’hypoxie sur votre organisme.

Qu’est-ce que l’hypoxémie ?

Deuxième point de vocabulaire, l’hypoxie n’est pas l’hypoxémie, et c’est une distinction importante. L’hypoxie, c’est la baisse de disponibilité en oxygène dans l’environnement. C’est ce qui vous arrive quand vous montez en altitude, ou quand vous entrez dans une chambre hypoxique. C’est une condition extérieure à votre corps. L’hypoxémie, elle, est une conséquence biologique mesurée dans votre sang. C’est la baisse de la concentration d’oxygène dans le sang artériel, c’est-à-dire le sang qui sort de vos poumons et qui part irriguer vos muscles et vos organes. Concrètement, l’hypoxémie se mesure soit par la pression partielle en oxygène dans le sang artériel (PaO₂), soit par la saturation en oxygène.

L’hypoxie d’environnement provoque souvent une hypoxémie. C’est la chaîne logique de tout l’entraînement en altitude, moins d’oxygène dans l’air → moins d’oxygène dans le sang → adaptations de l’organisme pour compenser. Mais, vous pouvez être hypoxémique au niveau de la mer si vous avez une pathologie respiratoire, comme une bronchopneumopathie chronique obstructive ou une pneumonie sévère, par exemple. Pour résumer, l’hypoxie décrit l’environnement. L’hypoxémie décrit ce qui se passe dans votre sang. Et c’est bien l’hypoxémie qui déclenche les adaptations physiologiques que recherchent les athlètes.

Qu’est-ce que la saturation en oxygène ?

Troisième point, on parle souvent de saturation en oxygène, ou SpO₂ quand elle est mesurée au pouls (par exemple avec un petit oxymètre que l’on pince au bout du doigt), et SaO₂ quand elle est mesurée directement dans le sang artériel par prélèvement.

Pour comprendre ce qu’elle représente, il faut savoir que dans votre sang, l’oxygène ne circule pas librement. Il est transporté par l’hémoglobine, contenue dans vos globules rouges (dont on a parlé dans l’article sur le fer). Chaque molécule d’hémoglobine possède quatre sites de fixation, c’est-à-dire quatre endroits où une molécule d’oxygène peut s’accrocher pour être transportée. La saturation en oxygène, c’est tout simplement le pourcentage de ces sites de fixation qui sont effectivement occupés par de l’oxygène.

Au repos au niveau de la mer, vous êtes à environ 97-99 % donc vos hémoglobines sont presque complétement chargés en oxygène. À 2500 m, votre saturation au repos baisse autour de 92-94 %. À 4000 m, on tombe vers 85-88 %. Cette baisse est la conséquence de la baisse de pression partielle en oxygène. Avec moins de pression d’oxygène dans les poumons, le chargement de l’hémoglobine devient moins efficace.

Et à l’effort, ces chiffres baissent encore. Pendant un effort intense, votre débit cardiaque est élevé, et le sang traverse plus rapidement vos capillaires pulmonaires. Or, le chargement de l’hémoglobine en oxygène prend un certain temps. Quand le sang passe trop vite, le chargement est moins complet, moins saturé (CQFD). Ce phénomène est particulièrement marqué chez les athlètes très entraînés, qui ont un débit cardiaque maximal très élevé, et c’est ce qu’on appelle l’hypoxémie induite par l’exercice.

Hypoxie hypobarique vs hypoxie normobarique

Il existe deux façons de créer une hypoxie, et par conséquent une hypoxémie. Et ce point est important parce qu’il fait encore débat dans la littérature scientifique sur l’entraînement en hypoxie. L’hypoxie hypobarique, c’est l’hypoxie naturelle qu’on trouve en altitude. La pression atmosphérique est réduite, donc la pression partielle en oxygène l’est aussi.

L’hypoxie normobarique, c’est l’hypoxie simulée. La pression atmosphérique reste celle du niveau de la mer, mais cette fois, on réduit artificiellement la fraction d’oxygène dans l’air respiré, en diluant l’air avec de l’azote ou en filtrant une partie de l’oxygène. C’est ce que font les tentes d’altitude, les chambres hypoxiques ou les masques. À la place des 21 % habituels, vous respirez par exemple un air à environ 15 %, ce qui simule une altitude d’environ 2700 m en termes de pression partielle.

Vraie hypoxie ou hypoxie simulée : lequel est efficace ?

En théorie, ces deux modes d’hypoxie devraient produire les mêmes effets, puisque ce qui compte au final, c’est la pression partielle en oxygène que vous délivrez à vos cellules. En pratique, ce n’est pas tout à fait le cas. La revue systématique de Coppel et al. (2015) met en évidence plusieurs différences. À altitude équivalente, l’hypoxie hypobarique provoque une ventilation minute légèrement plus basse, une production de monoxyde d’azote expiré réduite, un mal aigu des montagnes plus marqué, et une déshydratation plus prononcée que l’hypoxie normobarique. En 2015, Sinex et Chapman (2015) rapportent que des études qui ont montré une amélioration de la performance à 4300 m après 7 à 15 jours d’exposition en hypoxie naturelle (c.-à-d. hypobarique) n’ont pas réussi à retrouver les mêmes résultats en normobarique.

Selon Coppel et al. les effectifs des études sont faibles, les méthodologies hétérogènes, et de nombreux facteurs confondants (température, humidité, niveau de CO₂ dans les chambres) compliquent l’interprétation. Ce que l’on peut retenir, c’est que les deux modes d’hypoxie ne sont probablement pas strictement équivalents sur le plan physiologique, même si les différences restent moindres. Pour le pratiquant, le message à garder en tête est qu’un stage de 3 semaines en altitude réelle et 3 semaines passées en chambre hypoxique à dose équivalente ne produiront pas exactement les mêmes effets. Cette distinction reste un sujet de recherche actif, et nous ne nous y étendrons pas davantage dans cet article.

Que se passe-t-il dans l’organisme face à l’hypoxie ?

Quand vous exposez votre organisme à un air pauvre en oxygène, il se passe deux choses, dans deux temporalités différentes. D’abord des réponses aiguës, qui apparaissent en quelques minutes à quelques heures. Ensuite des adaptations chroniques, qui se mettent en place sur des jours ou des semaines.

Les réponses aigues à l’hypoxie

Les réponses aiguës sont là pour compenser immédiatement le manque d’oxygène. Vous respirez plus vite et plus profondément, c’est ce qu’on appelle la réponse ventilatoire à l’hypoxie. Votre fréquence cardiaque augmente, et avec elle votre débit cardiaque, ce qui permet de maintenir le débit d’oxygène vers vos tissus malgré la baisse de saturation en oxygène.

Votre volume plasmatique diminue dans les jours qui suivent, ce qui concentre temporairement les globules rouges et améliore artificiellement le transport d’oxygène. Ces réponses sont utiles mais coûteuses. Votre métabolisme travaille plus pour le même résultat, qu’il s’agisse de vivre normalement au quotidien ou de courir à une allure donnée. C’est en partie pour ça que les premiers jours en altitude sont fatigants.

Les réponses chroniques à l’hypoxie

Des adaptations hématologiques

Les adaptations chroniques, elles, sont les vraies cibles de l’entraînement en hypoxie. La voie centrale de toutes ces adaptations, c’est une famille de protéines qu’on appelle les HIF, pour Hypoxia-Inducible Factors. Pour simplifier, le HIF est un capteur cellulaire d’oxygène. Quand l’oxygène est suffisant, il est dégradé en permanence. Quand l’oxygène manque, il s’accumule et active des centaines de gènes impliqués dans la réponse à l’hypoxie. C’est le HIF qui déclenche, entre autres choses, la production accrue d’érythropoïétine, ou EPO, par les reins. L’EPO stimule la moelle osseuse pour qu’elle produise davantage de globules rouges, ce qui augmente progressivement la masse d’hémoglobine totale et donc la capacité de transport de l’oxygène dans le sang.

C’est cette adaptation hématologique qui a longtemps été présentée comme le mécanisme central de l’entraînement en altitude. C’est aussi pour cette raison que les méthodes les plus étudiées visent à maximiser le temps d’exposition à l’hypoxie, en particulier le sommeil en altitude. Mais on verra plus loin que cette vision est aujourd’hui largement nuancée par la littérature.

Des adaptations musculaires

À côté de la voie hématologique, l’hypoxie déclenche aussi des adaptations dites non hématologiques. Au niveau musculaire, on observe principalement cinq changements.

  1. Augmentation de la densité capillaire, c’est-à-dire le nombre de petits vaisseaux sanguins qui irriguent les fibres musculaires. Plus ce réseau est dense, plus l’oxygène et les nutriments arrivent facilement jusqu’à chaque fibre.
  2. Augmentation de la densité mitochondriale, c’est-à-dire le nombre de mitochondries (ces usines à produire de l’énergie avec de l’oxygène et un substrat énergétique) présentes dans les fibres. Plus il y en a, plus le muscle est capable de produire de l’énergie grâce à l’oxygène.
  3. Augmentation du contenu en myoglobine, c’est-à-dire la quantité d’une protéine qui stocke et transporte l’oxygène à l’intérieur des fibres musculaires.
  4. Augmentation de l’activité de certaines enzymes oxydatives, c’est-à-dire des protéines qui accélèrent les réactions chimiques permettant d’utiliser l’oxygène pour produire de l’énergie.
  5. Amélioration de la capacité tampon musculaire, c’est-à-dire la capacité du muscle à neutraliser l’acidité produite lors d’efforts intenses.

Ces adaptations améliorent l’efficience d’utilisation de l’oxygène au niveau des fibres musculaires. Autrement dit, même sans changer la quantité d’oxygène que vous transportez, vous l’utilisez mieux.

Qu’est-ce que l’entraînement en hypoxie ?

Quand on parle “d’entraînement en hypoxie”, on parle en réalité d’une famille de méthodes qui se distinguent sur deux questions simples. Où vit-on ? Et où s’entraîne-t-on ? Selon les réponses, on aboutit à quatre grandes familles que Millet et al. (2010) décrivent dans leur revue de 2010.

Live High – Train High (LHTH)

C’est la méthode historique, et la plus intuitive. L’athlète part en stage en altitude pendant plusieurs semaines, et il y vit et y entraîne 24h/24. C’est ce que font les Kenyans à Iten (2350 m), les marathoniens à Font-Romeu (1850 m), les coureurs à Flagstaff (2130 m), ou encore les fondeurs à St. Moritz (1820 m). Selon Millet et al. (2010), l’altitude classique de ces stages se situe entre 1800 et 2500 m, et les athlètes les répètent généralement deux à trois fois par an.

Les auteurs décrivent quatre phases successives durant le Live High – Train High :

  1. La phase d’acclimatation, qui dure 7 à 10 jours et pendant laquelle l’intensité doit rester basse pour permettre à l’organisme de s’ajuster à la baisse de pression partielle en oxygène.
  2. La phase d’entraînement principal, de 2 à 3 semaines, durant laquelle on augmente progressivement le volume puis l’intensité.
  3. La phase de récupération, de 2 à 5 jours avant la descente, pour évacuer la fatigue accumulée.
  4. Et enfin, le retour au niveau de la mer, qui pose ses propres questions sur le timing optimal de la compétition après l’altitude.

L’idée centrale du LHTH est qu’en passant 24h/24 en hypoxie, vous maximisez la dose totale d’exposition, et vous stimulez fortement les adaptations. Mais cette méthode a un inconvénient majeur. En altitude, il devient impossible de maintenir la même qualité d’entraînement qu’au niveau de la mer. Le VO₂max baisse, la vitesse maximale aérobie baisse, et les séances intenses deviennent plus dures à réaliser à l’allure habituelle. Pour les disciplines où la vitesse spécifique compte beaucoup, c’est un vrai problème.

Live High – Train Low (LHTL)

Le Live High – Train Low est né précisément pour dépasser les problèmes liés au Live High – Train High. L’idée est simple, l’athlète dort en altitude pour cumuler les bénéfices hématologiques de l’exposition prolongée à l’hypoxie, mais redescend pour les séances intenses, difficiles, afin de préserver la qualité de ces derniers.

Concrètement, le protocole historique consistait à vivre et dormir à 2500 m, et à descendre à 1250 m pour s’entraîner. Cette approche implique une logistique lourde, avec des trajets réguliers entre l’hébergement en altitude et le site d’entraînement plus bas. C’est notamment pour cette raison que les dispositifs d’hypoxie simulée, c’est-à-dire les tentes d’altitude, les chambres hypoxiques ou les unités de sommeil hypoxiques, se sont développés à partir des années 1990. Ils permettent de reproduire l’effet du sommeil en altitude sans contrainte géographique.

Enfin, les auteurs introduisent une variante intéressante du LHTL, qu’ils appellent LHTLi (LHTL interspersed). L’idée est d’alterner les nuits en hypoxie avec des nuits en normoxie (par exemple 5 nuits hautes, 2 nuits basses), pour limiter certains effets secondaires du LHTL classique.

Intermittent Hypoxic Exposure (IHE)

L’Intermittent Hypoxic Exposure, c’est l’exposition hypoxique intermittente au repos. L’athlète vit et s’entraîne au niveau de la mer, mais s’expose passivement à des sessions courtes d’hypoxie, en dehors de tout effort. Il peut s’agir, par exemple, de passer 1 à 3 heures par jour dans une chambre hypoxique, de dormir avec un masque hypoxique, ou alterner des cycles courts (par exemple 5 minutes d’air pauvre en oxygène, 5 minutes d’air ambiant) sur une session de 60 à 90 minutes.

L’idée derrière l’IHE est que la production d’EPO étant déclenchée relativement vite par l’hypoxie (quelques heures suffisent pour observer une augmentation de l’EPO sérique), pourrait suffire à induire des adaptations hématologiques, sans subir les inconvénients d’une exposition prolongée. Cependant, comme le résume Millet et al. (2010), les études ont plutôt montré que ce protocole manquait d’efficacité. Les études montrent assez systématiquement que ce protocole peut effectivement augmenter la production d’EPO sérique de manière transitoire.

Mais cette augmentation ne se traduit que rarement par une véritable réponse érythropoïétique, c’est-à-dire par une augmentation mesurable du nombre de globules rouges, du taux d’hémoglobine ou de la masse d’hémoglobine totale. Autrement dit, le signal est bien envoyé (l’EPO monte), mais il ne dure pas assez longtemps pour que la moelle osseuse produise effectivement davantage de globules rouges. Et logiquement, sans réelle adaptation hématologique, la performance n’est pas améliorée.

Intermittent Hypoxic Training (IHT)

L’Intermittent Hypoxic Training, c’est l’entraînement hypoxique intermittent. L’athlète vit au niveau de la mer, mais réalise quelques séances d’entraînement par semaine en condition d’hypoxie. Par exemple, il peut s’agir de 2 à 3 séances hebdomadaires de 30 à 60 minutes en chambre hypoxique ou avec un masque, à des altitudes simulées de 2500 à 3500 m. La logique est assez différente des deux précédentes méthodes. L’objectif n’est pas vraiment hématologique, mais plutôt de stimuler les adaptations musculaires locales par l’ajout d’un stress hypoxique pendant l’effort.

Sur le plan hématologique, la grande majorité des études menées sur l’IHT ne montrent aucune adaptation hématologique significative. C’est cohérent avec ce qu’on sait du timing nécessaire à l’érythropoïèse. Une heure ou deux de stimulus hypoxique trois fois par semaine n’est pas suffisant pour augmenter la masse d’hémoglobine totale.

En revanche, sur le plan musculaire, plusieurs études citées par Millet et al. (2010) ont montré que l’IHT induit des adaptations musculaires que l’entraînement en normoxie ne produit pas, ou produit à un degré moindre. On observe entre autres une augmentation de la densité capillaire, de la densité mitochondriale, du contenu en myoglobine et de l’activité d’enzymes oxydatives comme la citrate synthase (les définitions de ces termes ont été données dans la partie précédente). Ces adaptations sont médiées au niveau moléculaire par l’activation du facteur HIF-1α, qui est nettement plus stimulé par l’hypoxie qu’en normoxie.

Le rôle central des intensités dans le Intermittent Hypoxic Training

Un point largement souligné dans la revue de Millet et al. (2010) concerne l’intensité de l’effort réalisé en hypoxie. Elle semble jouer un rôle majeur dans l’ampleur des adaptations musculaires obtenues. Les études comparant des groupes s’entraînant à haute intensité (au seuil ventilatoire ou au-delà) à des groupes s’entraînant à basse intensité, les deux groupes étant en hypoxie, montrent systématiquement que les adaptations musculaires sont plus marquées dans les groupes à haute intensité. Autrement dit, ce n’est pas seulement l’hypoxie qui compte, c’est l’hypoxie combinée à un effort exigeant.

Sur le plan de la performance au niveau de la mer, les résultats sont en revanche contrastés. Certaines études ne montrent aucun bénéfice supérieur à un entraînement équivalent en normoxie. D’autres, notamment celle de Dufour et al. (2006) citée par les auteurs, rapportent des gains substantiels (+5 % de VO₂max, +35 % de temps jusqu’à épuisement) chez des coureurs entraînés ayant suivi 6 semaines d’IHT à intensité élevée (au seuil ventilatoire 2). Les effets semblent dépendre du dosage combiné de la durée de la séance, de l’intensité, et du degré d’hypoxie.

Hypoxie en retenant sa respiration ?

Enfin, les auteurs mentionnent une variante originale de l’IHT qui mérite d’être citée. Il s’agit de l’entraînement avec hypoventilation volontaire, c’est-à-dire en réduisant volontairement la fréquence respiratoire et en effectuant des expirations à bas volumes pulmonaires. Les travaux de Woorons et al. (cités dans la revue de Millet et al., 2010) montrent que cette technique permet d’obtenir une désaturation artérielle significative pendant l’effort, sans aucun matériel hypoxique. Les premiers résultats suggèrent une amélioration de la capacité tampon et de la performance à intensité maximale.

Cependant, je ne développerais pas ce point dans cet article car ses effets sont modestes, voire inexistants (Boulares et al., 2025). De plus, les rares bénéfices identifiés concernent des marqueurs de performance plutôt dans utiles les disciplines qui demandent de répéter des efforts très intenses comme les sports collectifs. Dans le trail, cette approche manque de pertinence.

L’entraînement en hypoxie améliore-t’il les performances en trail ?

Pour comprendre si l’entraînement en hypoxie est effectivement utile pour améliorer les performances en endurance, en trail par exemple, je vous propose de regarder la littérature sur le sujet. En épluchant celle-ci, j’ai relevée 5 méta-analyses qui permettent de conclure sur l’intérêt de ces méthodes.

Bonetti & Hopkins, 2009

En 2009, Bonetti et Hopkins ont réalisé une des premières méta-analyses évaluant les effets de l’adaptation à l’hypoxie sur la performance d’endurance au niveau de la mer. Les auteurs ont sélectionné 51 études, pour un peu plus de 800 athlètes. Leurs données ont permis de comparer six protocoles différents d’entraînement en hypoxie, à savoir

  1. Le LHTH naturel.
  2. Le LHTL naturel.
  3. Quatre versions artificielles dont
    1. LHTL avec exposition continue longue de 8 à 18 h/jour.
    2. LHTL avec exposition continue brève de 1,5 à 5 h/jour.
    3. LHTL avec exposition intermittente brève de moins de 1,5 h/jour.
    4. LLTH avec entraînement en hypoxie de 0,5 à 2 h/jour.

Les analyses ont été différenciées selon le niveau des athlètes, “élites” (c.-à-d. membre d’une équipe nationale et réalisant des compétitions au niveau international) et “sub-élites”. Ils ont également investigué plusieurs caractéristiques qui pourraient moduler les effets, comme l’altitude, la durée d’exposition, le nombre de jours, ou encore le délai entre la fin du stage et le test de performance. Les auteurs ont également méta-analysé les effets sur plusieurs marqueurs physiologiques associés, à savoir le VO₂max, la masse d’hémoglobine, la concentration en hémoglobine, l’économie d’exercice et la lactatémie de pic.

Résultats

Les résultats montrent que le LHTL naturel est le protocole pour lequel les preuves d’efficacité sont les plus solides. Chez les athlètes sub-élites, il améliore la puissance moyenne d’environ 4,2 %, et chez les athlètes élites d’environ 4,0 %. C’était le seul protocole produisant un effet clair chez les athlètes élites d’ailleurs. Le LHTL artificiel à exposition intermittente brève apporte également un bénéfice probable (+2,6 %), mais uniquement chez les sub-élites. Les autres protocoles, à savoir le LHTH, le LHTL artificiel continu (long ou bref) et le LLTH, produisent des effets soit faibles, soit incertains.

Concernant les marqueurs physiologiques, les résultats sont contrastés. Le VO₂max augmente de manière nette avec le LHTH chez les sub-élites (+4,3 %), mais reste inchangé voire légèrement diminué chez les élites (-1,5 %). Les effets sur la masse d’hémoglobine sont, en moyenne, peu clairs, mais une augmentation de la durée d’exposition ou de l’altitude semble pouvoir produire un effet positif. Les auteurs soulignent que la relation entre le VO₂max et la performance n’est pas systématique, et que l’augmentation de la masse d’hémoglobine n’est pas non plus directement corrélée aux gains de performance observés. Cela suggère que d’autres mécanismes interviennent, en particulier des effets non hématologiques.

Des effets modérateurs

Les auteurs identifient plusieurs facteurs modulant les effets. La possibilité d’un effet “training camp”, c’est-à-dire un effet positif lié au cadre du stage lui-même (rupture avec le quotidien, focus exclusif sur l’entraînement, encadrement renforcé), est évoquée. Les auteurs mentionnent également un possible effet placebo (les athlètes croient que l’exposition les aide, et ils en ressentent les bénéfices) et un possible effet nocebo dans les groupes contrôles. Enfin, les auteurs montrent que pour le LHTH, des stages plus courts (environ 16 jours) à une altitude légèrement plus élevée que la plupart des interventions (~2400 m), avec un test de performance réalisé deux à trois semaines après la descente, pourraient produire des effets plus importants. Pour le LHTL artificiel continu long, augmenter la durée quotidienne d’exposition au-delà des 11 heures moyennes des études analysées serait un levier intéressant. Pour le LLTH, l’augmentation du nombre de jours d’exposition pourrait également améliorer les résultats.

Lobigs et al., 2017

En 2017, Lobigs et al. ont publié une méta-analyse dans une des revues les plus prestigieuse sur l’hématologie (Q1). Leur travail a pour but de décrire les fluctuations hématologiques pendant et après une exposition à l’altitude. Ils ont pour cela rassemblé les données de 17 études. Les études incluses portaient sur des athlètes “bien entraînés” à “élites”, sur des protocoles LHTH naturel (8 études) et LHTL (9 études), à des altitudes allant de 1380 à 3500 m. Les auteurs ont introduit une métrique originale, la dose hypoxique en kilomètre-heures (km.hr), calculée comme l’altitude (en kilomètres) multipliée par le nombre d’heures passées à cette altitude. Cette métrique permet de comparer entre elles des expositions de durées et d’altitudes très différentes. Les analyses ont été réalisées en distinguant la phase pendant l’exposition à l’altitude et la phase post-altitude.

Résultats pendant l’altitude

Les résultats montrent que la concentration en hémoglobine augmente progressivement avec la dose hypoxique, jusqu’à atteindre un plateau d’environ +0,94 g/dL aux alentours de 1000 km.hr d’exposition. Concrètement, cela correspond par exemple à 14 jours à 3000 m à raison de 24 heures par jour. Au-delà, l’augmentation supplémentaire d’hémoglobine devient marginale.

Durant les deux premiers jours en altitude naturelle, on observerait une augmentation rapide et marquée de la concentration en hémoglobine. Cependant, celle-ci ne reflète pas une vraie augmentation de la masse globulaire. Elle s’explique par une contraction du volume plasmatique induite par l’hypoxie. Pour faire simple, il y aurait une perte d’eau dans le plasma qui concentre temporairement les globules rouges sans qu’ils soient plus nombreux. Ce phénomène n’a pas été observé en hypoxie simulée. Cela s’expliquerait par le fait l’exposition intermittente ne génère pas la même contrainte dehydratante qu’une exposition continue à l’altitude réelle.

Les réticulocytes répondent rapidement, avec une augmentation observée dès les 300 premiers km.hr. Cela témoigne d’une stimulation rapide de la production de globules rouges par la moelle osseuse. Le retic% revient ensuite progressivement à ses valeurs de base à mesure que la masse globulaire augmente suffisamment pour transporter l’oxygène dans l’environnement hypoxique. Le OFF-score, quant à lui, diminue dans les 200 premiers km.hr, puis revient vers ses valeurs initiales et tend à augmenter au-delà de 1000 km.hr, reflétant la combinaison de la hausse d’hémoglobine et du retour à la normale des réticulocytes.

Résultats après le retour au niveau de la mer

Au retour au niveau de la mer, la concentration en hémoglobine reste élevée pendant environ deux semaines, avant de revenir à ses valeurs de base. Toutefois, les auteurs notent une grande variabilité interindividuelle. Certains athlètes voient leur hémoglobine descendre sous leurs valeurs de base dès trois jours après le retour. Les réticulocytes, eux, déclinent en dessous des valeurs de base après le retour, et l’ampleur de cette diminution est proportionnelle à la dose hypoxique reçue. Plus l’athlète a passé de temps en altitude, plus la chute des réticulocytes post-stage est marquée. Cela traduit une suppression transitoire de l’érythropoïèse après le retour, l’organisme ayant temporairement plus de globules rouges qu’il n’en a besoin.

Le rôle déterminant des valeurs de base

Un point particulièrement intéressant souligné par les auteurs est l’influence des valeurs de base sur l’amplitude de la réponse. Les athlètes ayant une concentration en hémoglobine déjà élevée au départ (>14,4 g/dL chez les femmes, >16,0 g/dL chez les hommes) présentent des augmentations plus faibles à l’altitude, et inversement. Inversement, les athlètes avec des valeurs de base plus basses, ou présentant une carence en fer, montrent des réponses plus marquées, à condition que le statut en fer soit corrigé.

Une grande variabilité individuelle

Les auteurs insistent sur la forte variabilité interindividuelle observée dans toutes les variables analysées. Les modèles statistiques utilisés expliquent seulement 7 à 26 % de la variance totale selon les paramètres, ce qui signifie que la majorité des différences observées entre athlètes ne s’explique pas par les facteurs étudiés (dose hypoxique, sexe, âge, valeurs de base). D’autres facteurs probablement impliqués incluent la charge d’entraînement, le statut en fer, l’état de santé, l’hydratation, ou encore des prédispositions génétiques individuelles.

Chen et al., 2023

En 2023, Chen et al. ont réalisé une méta-analyse afin d’évaluer l’effet de l’entraînement en altitude sur la capacité aérobie des athlètes, et d’identifier les paramètres de protocole les plus efficaces. Les auteurs ont sélectionné 17 études contrôlées, comparant des athlètes ayant réalisé un stage en altitude à un groupe contrôle s’entraînant au niveau de la mer, ou comparant les valeurs des athlètes avant et après altitude. Les protocoles inclus couvraient principalement le LHTH et le LHTL, avec quelques études sur d’autres approches comme le LLTH. Les altitudes allaient d’environ 1800 à 3000 m, et les durées d’intervention de 2 à 6 semaines. Les athlètes inclus étaient principalement des coureurs, cyclistes, triathlètes, nageurs et biathlètes. Les auteurs ont analysé deux marqueurs de la capacité aérobie, le VO₂max et la concentration en hémoglobine.

Résultats

Les résultats montrent un effet significatif et modéré de l’entraînement en altitude sur les deux marqueurs analysés. Le VO₂max augmente significativement. La concentration en hémoglobine montre une augmentation similaire. Pour les adeptes d’analyses robustes, notons que les analyses de sensibilité confirment la stabilité de ces résultats, et les tests de biais ne montrent pas de problème majeur de qualité méthodologique.

Quelle est la meilleure durée d’un stage en hypoxie ?

L’analyse en sous-groupes montre que les stages de moins de 3 semaines ou de 3 semaines exactement produisent les effets les plus marqués sur le VO₂max. À l’inverse, les stages de plus de 3 semaines présentent un effet plus faible et non significatif. Encore une fois, il semblerait que plus n’est pas forcément mieux. Les auteurs notent que des stages trop longs pourraient par exemple entraîner une fatigue cumulative trop marquée.

Quelle est la meilleure altitude pour un stage en hypoxie ?

L’analyse en sous-groupes selon l’altitude montre des effets proches entre les stages réalisés à moins de 2500 m et ceux réalisés à plus de 2500 m. Les deux sous-groupes présentent des effets significatifs. Les auteurs concluent qu’une altitude autour de 2500 m semble être un bon compromis, car en dessous de 2000 m la stimulation hypoxique est probablement insuffisante, et au-dessus de 3000 m la charge d’entraînement devient difficile à supporter.

Hypoxie : Live High – Train High ou Live High – Train Low ?

Le résultat le plus notable de cette méta-analyse concerne la comparaison entre le LHTH et le LHTL. Le LHTL produit un effet plus marqué que le LHTH sur le VO₂max. Cependant, les deux méthodes restent statistiquement significatives. Il faut souligner que le nombre d’études incluses reste modeste (17), et que les tailles d’échantillons par étude sont souvent faibles.

Huang et al., 2023

Toujours en 2023, Huang et al. ont publié une méta-analyse spécifique à l’entraînement intermittent en hypoxie simulée. Les auteurs ont retenu 19 études pour un total de 27 protocoles analysés. Les altitudes simulées allaient de 2 500 à 5 900 m, avec des durées d’exposition de 20 minutes à 3 heures par séance, et des fréquences de 2 à 7 séances par semaine sur des durées allant de 9 jours à 8 semaines. Comme pour la méta-analyse précédente, les marqueurs analysés étaient le VO₂max et la concentration en hémoglobine.

Résultats

L’IHT entraîne une augmentation significative du VO₂max d’environ 3,2 ml/kg/min en moyenne par rapport au groupe contrôle, et une augmentation également significative de la concentration en hémoglobine. Les analyses de sensibilité confirment la stabilité des résultats, et les tests de biais de publication ne révèlent pas d’anomalie. À première vue, l’IHT semble donc être une alternative crédible au stage en altitude réelle.

Cependant, les auteurs soulignent que l’hétérogénéité des résultats est importante. Autrement dit, les protocoles sont si différents les uns des autres qu’il devient délicat de tirer une recommandation pratique unique. Ensuite, les effectifs par étude sont faibles, souvent moins de 15 sportifs par groupe, et le niveau des participants est variable, allant de pratiquants modérément entraînés à quelques athlètes plus aguerris. Or on sait que plus le niveau du sportif augmente, plus les marges de progression du VO₂max se réduisent. Les gains observés ici pourraient donc être surestimés chez les athlètes de bon niveau. 

Une étude contraire à signaler : Dorelli et al., 2025

Je souhaite mentionner la méta-analyse de Dorelli et al., 2025 qui nuance les conclusions de Huang et al. Dans celle-ci les auteurs ont appliqué des critères d’inclusion plus stricts pour répondre à la même question sur l’IHT. Leur question est “à entraînement aérobie équivalent, l’hypoxie intermittente apporte-t-elle plus de bénéfices que la normoxie ?”.

Pour y répondre, les auteurs ont exclu plusieurs études qu’ils jugeaient de faible qualité pour ne garder que les meilleures. Leur résultat est que l’IHT n’apporte pas de bénéfice supplémentaire par rapport à un entraînement équivalent en normoxie, ni sur le VO₂max, ni sur la puissance maximale aérobie, ni sur le temps jusqu’à épuisement. De plus, même les marqueurs musculaires comme la capillarisation et la densité mitochondriale, ne montrent pas de meilleure amélioration dans les groupes hypoxie comparativement aux groupes normoxie.

Les auteurs détectent également un biais de publication significatif. Cela signifie que les études rapportant un effet positif de l’hypoxie auraient plus de chances d’être publiées que celles ne rapportant aucun effet. La conséquence est un gonflement artificielle des conclusions des méta-analyses qui appliquent moins de filtre. Enfin, les auteurs montrent que ni la dose d’hypoxie, ni la durée du protocole, ni la fréquence des séances, ni le mode d’induction de l’hypoxie n’influencent significativement les résultats. Autrement dit, peu importe comment on s’y prend, à charge d’entraînement strictement comparable, l’hypoxie intermittent ne semble pas faire mieux que la normoxie.

Boulares et al., 2025

Pour clore ce tour d’horizon de la littérature, il est intéressant de s’arrêter sur la publication la plus récente et la plus ambitieuse sur le sujet, l’umbrella review de Boulares et al. (2025). Pour que vous compreniez son importance, une umbrella review n’est pas une méta-analyse classique. C’est une synthèse des méta-analyses et revues systématiques existantes. C’est, en hiérarchie scientifique, le plus haut niveau de preuve disponible. Les auteurs ont compilé 22 revues systématiques, totalisant 487 études primaires et 5 333 participants. Autant dire qu’on tient avec ce travail une vue panoramique de tout ce que la littérature a produit sur l’entraînement en hypoxie et la performance.

Les auteurs analysent l’ensemble des stratégies d’hypoxie, LHTH, LHTL, LLTH, mais aussi les protocoles plus spécifiques comme le RSH (Repeated Sprint in Hypoxia), le HIIT en hypoxie, ou la musculation en hypoxie. Les marqueurs étudiés couvrent à la fois la performance aérobie (VO₂max, temps jusqu’à épuisement, performance d’endurance), la performance anaérobie (capacité à répéter des sprints, puissance) et les adaptations musculaires (force, hypertrophie).

L’hypoxie améliore-t-elle VRAIMENT la performance en endurance ?

L’hypoxie, quelle qu’en soit la modalité, améliore globalement la performance physique. Les protocoles LHTL combinés à un entraînement à basse altitude produisent les effets les plus marqués sur le VO₂max, suivis du LHTL en altitude simulée. Le LHTH reste efficace mais moins que le LHTL, ce qui rejoint les conclusions de Chen et al. discutées plus haut. Les protocoles axés sur l’anaérobie comme le RSH ou le HIIT en hypoxie produisent des gains significatifs sur la capacité à répéter des sprints et sur la performance lors d’efforts intermittents intenses.

Pourquoi l’hypoxie ça marche ?

C’est sans doute le point le plus important de cette synthèse. Les auteurs soulignent que les augmentations d’hémoglobine rapportées dans la majorité des études sont à interpréter avec prudence. En effet, la dose d’hypoxie nécessaire pour réellement stimuler la production de globules rouges est très élevée, et rarement atteinte dans les protocoles testés.

Concrètement, pour qu’une vraie érythropoïèse ait lieu, il faut compter au minimum 4 semaines à plus de 3000 m, ou plus de 12 heures par jour pendant plusieurs semaines à plus de 2000 m. On estime que la masse d’hémoglobine augmente d’environ 1 % toutes les 100 heures d’exposition adéquate. La plupart des protocoles LLTH, et même certains LHTL, sont bien en deçà de ces seuils.

Les hausses de concentration en hémoglobine observées dans les méta-analyses proviendraient probablement d’un phénomène d’hémoconcentration. En clair, elles découleraient d’une réduction du volume plasmatique sous l’effet de l’hypoxie. Le nombre de globules rouges ne change pas vraiment, mais comme il y a moins de plasma, leur concentration augmente. C’est un artefact, pas une vraie adaptation hématologique. Pour mesurer correctement une variation de la masse d’hémoglobine, il faudrait recourir à des méthodes plus précises comme la technique de réinhalation de monoxyde de carbone, ce que peu d’études font. Ce constat peut changer la lecture des méta-analyses présentées précédemment. Ça ne veut pas dire que les protocoles ne fonctionnent pas, mais que leurs bénéfices passent par d’autres voies que celles régulièrement mises en avant.

Si ce n’est pas l’hémoglobine, alors qu’est-ce qui explique les gains ?

Les auteurs identifient plusieurs adaptations dites “non hématologiques” qui joueraient un rôle bien plus important que ce qu’on imaginait il y a vingt ans. Parmi elles, on retrouve

  1. L’amélioration de l’efficacité mitochondriale.
  2. Le développement du réseau capillaire au sein du muscle.
  3. L’amélioration des réponses ventilatoires.
  4. La vasodilatation médiée par le monoxyde d’azote qui facilite la livraison d’oxygène aux fibres rapides (un peu comme les nitrates dont on avait parlé ici).

À cela s’ajoutent des adaptations métaboliques périphériques comme une meilleure régulation du pH musculaire ou un transport accru du lactate. Ces mécanismes sont particulièrement sollicités par les protocoles à haute intensité réalisés en hypoxie. Ce changement de paradigme est important pour le coach et le pratiquant. L’hypoxie ne servirait pas tant à “fabriquer plus de globules rouges”. Elle serait plutôt utile en provoquant une cascade d’adaptations locales, musculaires et vasculaires, qui améliorent la qualité de l’utilisation de l’oxygène plutôt que sa quantité disponible.

L’hypoxie est-elle efficace chez les élites ?

Ensuite, Boulares et al. répondent à une question qui a suscité du débat. L’hypoxie est-elle efficace chez les élites ? Certains auteurs soutiennent que les athlètes élites, dont la masse d’hémoglobine est déjà élevée, atteindraient un plafond physiologique au-delà duquel l’hypoxie n’apporte plus grand-chose. D’autres chercheurs défendent l’idée que, lorsque la dose hypoxique est suffisante et la mesure correctement réalisée, des gains restent possibles même chez les meilleurs.

L’umbrella review ne tranche pas définitivement, mais avance que la réponse à l’hypoxie chez l’athlète élite n’est pas universelle. Elle dépend de la dose hypoxique, de la charge d’entraînement pendant la phase d’hypoxie, de la précision des mesures, et surtout d’une grande variabilité interindividuelle. Pour le pratiquant de bon niveau, le message à retenir est qu’il ne faut ni surestimer ni sous-estimer les bénéfices potentiels d’un stage en altitude, et qu’une approche individualisée restera pour eux la meilleure stratégie.

La variabilité de réponse à l’hypoxie

Un point central à garder à l’esprit, et décrit extensivement par Sinex et Chapman (2015), concerne l’importante variabilité de réponse d’un athlète à l’autre face à l’entraînement en hypoxie. Par exemple, Chapman et al. (1998) ont comparé un groupe de coureurs ayant amélioré leur temps sur 5 km après un stage LHTL (les “responders”) à un groupe ne s’étant pas amélioré (les “non-responders”). Les “responders” présentaient une production d’EPO significativement plus élevée et plus durable pendant le stage, et une augmentation de leur masse globulaire de l’ordre de 8 %. Les “non-responders”, en revanche, voyaient leur EPO revenir à la normale rapidement, sans adaptation hématologique notable.

Immunité, fer et travail de qualité

Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette variabilité. Le statut en fer est probablement le premier d’entre eux. Le fer est un constituant essentiel de l’hémoglobine, et un athlète carencé ne peut pas répondre normalement à un stimulus EPO. Or, la carence en fer est relativement fréquente chez les coureurs d’endurance (voir cet article sur le sujet). Sinex et Chapman (2015) rapportent par exemple qu’après 4 semaines de stage à 2500 m, des athlètes carencés en fer n’ont montré aucune augmentation de leur masse globulaire, malgré une augmentation soutenue de leur EPO.

Un deuxième facteur identifié est l’état de santé général au moment du stage. Une infection, une inflammation systémique ou une blessure peuvent inhiber la réponse érythropoïétique et compromettre l’efficacité du stage. Pour Sinex et Chapman (2015), un athlète qui tombe malade pendant un stage en altitude devrait sérieusement envisager d’arrêter le stage et de prioriser sa récupération.

Enfin, la capacité à maintenir l’intensité d’entraînement en altitude est un autre facteur déterminant. Les athlètes qui désaturent fortement à l’effort en altitude ne peuvent pas s’entraîner aussi dur que ceux qui maintiennent une saturation plus stable, et bénéficient donc moins du stage. Pour ces athlètes, les protocoles de type LHTL (qui permettent de redescendre pour les séances intenses) sont particulièrement recommandés.

Statut initial en hémoglobine, un facteur limitant ?

De plus, l’étude de Hauser et al., (2018) en 2018 explore la question de l’hémoglobine initial. Ce facteur pourrait expliquer la variabilité interindividuelle observée dans certaines études. Les auteurs ont réanalysé les données individuelles de 58 athlètes ayant réalisé un stage en LHTL avec une dose hypoxique comparable. Leur résultat principal souligne que lorsque l’on compare les valeurs absolues d’hémoglobine, c’est-à-dire la masse totale en grammes, il n’y a aucune relation entre le niveau initial et le gain post-stage. Autrement dit, un athlète qui démarre avec une masse d’hémoglobine déjà élevée peut espérer le même gain en valeur absolue qu’un athlète parti d’un niveau plus bas. En moyenne, les deux groupes ont gagné environ 4 % de masse d’hémoglobine après le stage.

Cependant, une corrélation négative apparaît lorsque l’on regarde les valeurs relatives, c’est-à-dire la masse d’hémoglobine rapportée au poids corporel. Les auteurs montrent que cette corrélation s’explique en grande partie par les variations de poids des athlètes pendant le stage, et non par un véritable plafond physiologique. Ce résultat invite à manipuler avec précaution l’idée largement répandue selon laquelle les athlètes très entraînés ne pourraient plus progresser en altitude. Sous réserve d’une dose hypoxique suffisante et d’une mesure précise, les gains resteraient possibles même chez les athlètes au profil hématologique déjà très développé.

Conclusion – L’hypoxie est-elle utile en trail ?

Que retenir de ce tour d’horizon ? D’abord, que l’entraînement en hypoxie produit bien des effets sur la performance d’endurance, mais que ces effets sont probablement plus modestes que ce qu’on pourrait croire. Les méta-analyses concordent sur un point. Les gains moyens sont réels mais limités, et les écarts entre individus sont considérables.

Les vrais bénéfices de l’hypoxie en endurance

Ensuite, que l’image classique de l’hypoxie qui “fabrique des globules rouges” pour booster le transport d’oxygène semble challengée. Comme le souligne l’umbrella review de Boulares et al., la majorité des protocoles utilisés en pratique ne fournissent pas une dose hypoxique suffisante pour déclencher une véritable érythropoïèse. Les hausses de concentration en hémoglobine observées dans la littérature reflètent souvent une simple hémoconcentration plutôt qu’une vraie augmentation de la masse globulaire. Les bénéfices passeraient surtout par des adaptations musculaires locales (efficacité mitochondriale, densité capillaire, capacité tampon), des adaptations vasculaires (vasodilatation médiée par le monoxyde d’azote), et des adaptations métaboliques périphériques. Autrement dit, l’hypoxie aiderait moins à transporter plus d’oxygène, et plus à mieux l’utiliser.

L’entraînement en hypoxie, une méthode difficile à mettre en place

Troisième point, la variabilité de réponse d’un athlète à l’autre est massive, et semble peu prévisible. Le statut en fer, l’état de santé, la charge d’entraînement, le sommeil, et probablement des facteurs génétiques expliquent qu’un même protocole produira des gains marqués chez certains et aucun effet chez d’autres. Cette variabilité, même au niveau individuel d’un stage à l’autre, doit nous inciter à nous questionner avant de programmer un stage en altitude. Enfin, sur le plan pratique. Pour un traileur, le rapport coût-bénéfice de l’hypoxie n’est pas évident. Un stage en altitude réelle implique une logistique lourde et un coût conséquent. Un dispositif d’hypoxie simulée à domicile représente aussi un investissement non négligeable. À cela s’ajoute le fait que le protocole en apparence le plus efficace (LHTL) demande une organisation que peu de pratiquants amateurs peuvent se permettre.

Si je devais résumer le message en une phrase, je dirais ceci. L’hypoxie peut faire partie d’une préparation, mais elle ne devrait pas en être le pilier. Avant de réfléchir à l’altitude, il y a presque toujours bien plus à gagner sur le volume, la qualité de l’entraînement, le sommeil, la nutrition et la gestion de la fatigue. L’hypoxie est un outil intéressant à explorer une fois ces fondamentaux solides, pas une solution miracle.

Enfin, notez que si vous décidez demain de partir pour un stage en altitude, sachez qu’il faudra calibrer correctement votre stage (en termes d’altitude, de durée), votre alimentation pendant ce stage (le déficit énergétique semblant plus prononcé), et votre entraînement (car la charge en hypoxie n’est pas celle des mêmes entraînements en normoxie). Je vous parlerais de tout ça avec mon invité dans la partie 02 (vidéo et podcast ci-dessous) et dans une partie 03.

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Partie 1 – Mes explications

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Partie 2 – Mon interview d’un expert – Samuel Verges

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Références bibliographiques

• Boulares, A., Dupuy, O., Bragazzi, N. L., & Pichon, A. (2025). Effects of Intermittent Hypoxia Protocols on Physical Performance in Trained and Untrained Individuals: An Umbrella Review of Systematic Reviews and Meta-Analyses. Sports Medicine-Open11(1), 145.
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• Dorelli, G., Giuriato, G., Zamboni, G., Daini, M., Cominacini, M., Carbonare, L. G. D., … & Venturelli, M. (2025). Aerobic Intermittent Hypoxic Training Is Not Beneficial for Maximal Oxygen Uptake and Performance: A Systematic Review and Meta‐Analysis. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports35(6), e70088.
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